Les crèches mobiles : une innovation sociale au service de l’autonomisation des femmes en Guinée et du développement socio-économique local
Les crèches mobiles, mises en place dans le cadre du programme Programme d’appui à l’intégration socio-économique des jeunes en Guinée (INTEGRA), financé par l’Union européenne, ont joué un rôle crucial dans l'autonomisation des femmes et l'amélioration de leur insertion socio-professionnelle en Guinée. Ces structures dédiées aux jeunes filles mères et leurs enfants de 0 à 5 ans ont permis aux femmes de participer activement aux formations et aux activités professionnelles tout en assurant la garde de leurs enfants. Cette initiative a non seulement facilité l'accès des femmes aux opportunités économiques, mais a également contribué à la réduction des inégalités de genre et à la promotion de l'égalité des chances. Les crèches mobiles ont ainsi été un levier important pour le développement socio-économique local.
1. Contexte et situation
La Guinée est confrontée à une fragilité structurelle liée au chômage des jeunes, aux inégalités de genre et aux effets du changement climatique. Les jeunes mères sont particulièrement touchées, car elles doivent concilier responsabilités parentales et insertion professionnelle. L’absence de structures de garde adaptées constitue un frein majeur à leur participation aux programmes de formation. Il est important de souligner qu’au niveau culturel, le fait que des femmes laissent leurs enfants à la maison est très souvent source de conflits dans le ménage car c’est considéré comme un acte d’abandon ou de fuite des responsabilités parentales.
Ce contexte met en lumière la nécessité de politiques publiques qui soutiennent les jeunes mères et facilitent leur accès à la formation et à l'emploi, en soulignant l'importance de l'infrastructure de soutien comme les crèches.
2. Description du projet
L’initiative des crèches mobiles a été lancée par Enabel dans le cadre du programme INTEGRA, financé par l’Union européenne. Elle visait à favoriser la participation des femmes et des jeunes filles mères (groupe en situation de vulnérabilité avec leurs enfants de 0 à 5 ans) aux formations professionnelles en leur offrant un service de garde d’enfants de qualité.
Le dispositif consistait en le recrutement dans la communauté et la formation d’animatrices locales sur des compétences liées à la garde d’enfants, la mise en place de comités de parents, des consultations médicales régulières, les séances de sensibilisation sur la santé, l’hygiène et la nutrition. L’initiative prenait en compte les besoins spécifiques liés au genre, à l’âge, et à la situation de handicap, avec un encadrement adapté et une approche inclusive. Les crèches mobiles ont été installées à proximité des 9 sites de formation pratique (chantiers) et théorique (écoles ou tentes) de la zone d’intervention du programme INTEGRA dans 4 localités (Kindia, Mamou, Pita, Labé).
3. Résultats et impact
Les crèches mobiles ont joué un rôle crucial dans l'autonomisation des femmes et l'amélioration de leur insertion socio-professionnelle en Guinée. L’initiative a permis l’ouverture de 9 crèches, accueillant 158 enfants, encadrés par 31 animatrices formées. Ces structures ont permis aux femmes de participer activement aux formations et aux activités professionnelles tout en assurant la garde de leurs enfants. Ces jeunes mères ont pu suivre les formations sans interruption (et le taux d’abandon des apprenantes a très fortement baissé), ce qui a renforcé leurs conditions d’apprentissage et donc leur employabilité.
En parallèle, les animatrices ont vu leurs compétences renforcées en matière compétences liée à la petite enfance (comprendre le comportement et identifier les besoins spécifiques de l’enfant, organiser des activités d’éveils et les adapter en fonction du sexe et de l’âge de l’enfant, collaborer avec des partenaires et les communautés, etc.) et au genre (faire la différence entre le sexe biologique et le sexe social, identifier des Violences Basées sur le Genre, etc.) contribuant ainsi à la professionnalisation du secteur . Cela a contribué au fait qu’elles ont pu être valorisées au niveau individuel (estime de soi) et dans la communauté (ce qui fait d’autant plus sens lorsque l’on sait que plusieurs d’entre elles étaient sans niveau de scolarisation). Par ailleurs, si en soit cette activité a été une manière d’accéder à un emploi, à l’issue du projet, plusieurs des animatrices ont pu trouver, sur base de leurs compétences/expériences, des emplois salariés mais également, pour quelques-unes, créer leur propre activité.
Cette initiative a également contribué à la réduction des inégalités de genre et à la promotion de l'égalité des chances. En effet, cette activité a aussi permis de réduire les tensions/conflits au sein des couples/familles lorsque la garde d’enfant était problématique et indirectement réduire les violences basées sur le genre (VBG). Elle a aussi permis de toucher plus facilement les jeunes filles mères qui font partie du public le plus en situation de vulnérabilité.
Enfin, l’implication des autorités locales et des communautés locales dans la démarche de mise en place du dispositif a été un moyen de les sensibiliser sur les notions de la petite enfance et de l’égalité de genre. Il est à noter que le taux d’adhésion communautaire était de 97%, ce qui témoigne de l’acceptation sociale du dispositif.
4. Défis and barrières
Plusieurs défis ont été rencontrés, notamment :
-
Le retard dans l’aménagement de certains sites et le manque de matériel faute de financement (blouses, nattes, kits médicaux), et des cas de maladies infantiles (rougeole, bronchite, rhinite).
-
Les difficultés de coordination entre les parties prenantes, nécessitant des réunions régulières.
-
La non prise en compte de coûts liés à la nourriture, et le fait que - en conséquence - les repas apportés par les mères étaient partagés avec tous les enfants.
-
La difficulté pour les femmes sélectionnées d’assurer leur rôle de d’animatrice (car souvent non scolarisées ou peu scolarisées), d’intégrer de nouveaux savoirs et de développer les compétences liées à leur métier.
-
Le manque de collaboration voire la non-implication du ministère de l’Action sociale (ministère en charge de la petite enfance) dans la démarche.
Ces défis ont affecté différemment les femmes, qui ont exprimé le besoin d’un meilleur accompagnement, et les enfants en situation de handicap, pour lesquels des dispositifs spécifiques restent à renforcer.
5. Leçons apprises
L’aspect d’innovation sociale liée aux crèches mobiles est que ce dispositif est une stratégie efficace qui permet de répondre à plusieurs défis à fois :
-
Inégalité de genre (les femmes ont un meilleur accès aux formations et à l’emploi).
-
Autonomisation socio-économique des femmes (les femmes disposent d’une source de revenus).
-
Développement économique locale (à la suite des formations, plusieurs femmes ont trouvé de l’emploi et contribuent ainsi au développement économique de leur territoire).
Le dispositif est très peu couteux par rapport aux résultats qu’il permet d’attendre.
Il faut d’avantage professionnaliser le dispositif de crèche (investir dans la formation des puéricultrices, renforcer les capacités logistiques des crèches, structurer le suivi des enfants).
Pour être pérenne ce dispositif devrait être institutionalisée et subventionnée par l’Etat ou les communautés.
6. Recommandations
Pour pérenniser l’initiative, il est recommandé de :
-
Prévoir un ancrage afin d’assurer la durabilité :
-
Soit, installer/prévoir des crèches dans les centres de formations et institutionnaliser le dispositif dans les politiques publiques ;
-
Soit, intégrer les crèches dans le Ministère l’Action sociale et associer les structures de protection de l’enfance (au niveau local) ;
-
Soit, adopter une dimension communautaire à l’approche en impliquant les membres de la communauté organisés ou non en organisations communautaires.
-
Renforcer les capacités logistiques des crèches.
-
Former davantage d’animatrices (cours d’alphabétisation pour leur permettre de remplir les dossiers de suivi des enfants et d’accéder à de la documentation en lien avec leur métier) ou envisager des binômes (une monitrice en situation d’analphabétisation travaille en duo avec une autre personne alphabétisée).
-
Prévoir un budget dédié et récurrent pour la maintenance et à l’équipement.
-
Favoriser une meilleure coordination entre les acteurs locaux, les services de santé et les structures de formation.
-
Structurer le suivi des enfants via des outils (carnets de suivi) et organiser des temps d’échanges formels (animatrices – mères – médecins - responsable étatique de la petite enfance) pour s’assurer de la bonne gestion des crèches.
Liens
Please log in or sign up to comment.