31 mai 2022: la Fondation européenne pour la formation (ETF) clôture sa campagne de communication du mois de mai portant sur les compétences en faveur de la transition écologique par un entretien en ligne et en direct qui réunit Dr Hajar Jaouani (Cluster Valbiom Maroc), Tremeur Denigot (Centre commun de recherche de la Commission européenne), et Romain Boitard (ETF). Leurs conclusions nous interpellent. Suivez l’entretien sur Youtube.
Pas de temps à perdre, il y a urgence!
Partout dans le monde, les températures augmentent à cause du niveau excessivement élevé des gaz à effet de serre. Avant la révolution industrielle, l’atmosphère de la terre contenait 280 parties par million de CO2. On en compte 412 aujourd’hui. Conséquences: l’élévation du niveau des océans, le changement climatique, des tempêtes violentes, des sécheresses catastrophiques et des incendies sans précédent.
«La disruption climatique existe bel et bien, et elle se passe devant nos yeux», déclare Boitard.
C’est dans ce contexte que la communauté internationale arrive à la conférence de Paris de 2015 qui aboutira à un nouvel accord sur le climat (l’Accord de Paris entre en vigueur en 2016) visant à réduire, d’ici 2050, le niveau actuel des gaz à effet de serre à son niveau d’avant les années 1990. À cette fin, il s’avère indispensable de repenser complètement notre modèle économique à partir d’une économie verte qui ne pollue pas, ne s’appuie plus sur des ressources non-renouvelables et redistribue la richesse de façon équitable. La transition écologique au cœur de cet entretien fait référence à la métamorphose de nos systèmes économiques actuels en l’économie verte de l’avenir.
Un changement radical
«La neutralité carbone d’ici 2050 implique la transformation totale de nos modèles économiques» déclare Denigot.
Les emplois dans des secteurs qui polluent et utilisent trop de ressources vont disparaître. En parallèle, de nouveaux emplois seront créés dans des secteurs qui visent la réduction des émissions et la protection de l’environnement. Des emplois que nous n’avons jamais imaginés verront le jour. La Commission européenne contribue à ce processus avec son cadre de compétences [en matière de durabilité environnementale], GreenComp, qui a été lancé cette année. Ces compétences ont en commun d’être toutes transverses. Selon Denigot, les futurs professionnels doivent être capable d’appréhender une situation dans toutes ses dimensions – économique, biologique, physique, etc. Cette approche pluridisciplinaire fera évoluer les systèmes d’éducation et de formation, qu’ils soient en Suède, en Italie ou au Maroc.
Le Maroc s’adapte
Le Maroc nous offre une leçon intéressante en matière d'apdaptation de l'économie aux exigences de la transition écologique. Dépendant à 98% de ressources énergétiques externes, en 2018 le pays lance un programme ambitieux de l’énergie renouvelable. Aujourd’hui, 42% de son électricité est générée à partir de ressources renouvelables. Avec en moyenne huit heures d'ensoleillement par jour, le Maroc est bien placé pour tirer le maximum des ressources renouvelables. Les universités et les écoles d’ingénieurs offrent des cours spécialisés. Partout dans le pays, des écoles de formation sont désormais focalisées sur l’énergie renouvelable et l’économie d’énergie.
«Les gains d’emplois ne sont pas uniquement dans le secteur de la production d’énergie; la transition a aussi créé de nouvelles spécialités allant de l’installation de panneaux solaires et d’isolation à toutes les spécialités de vente, de marketing et de finance pour renforcer tout cela», souligne Jaouani.
Boitard renchérit: «À l’ETF, notre recherche démontre que le changement le plus important au niveau des statistiques n’est pas les quelques milliers d’emplois de plus pour des ingénieurs en éoliennes ou des spécialistes en panneaux solaires. Il se trouve dans le fait que tous les autres emplois qui n’étaient pas auparavant considérés comme des emplois verts sont devenus plus écologiques – par exemple, mécanicien d’automobile qui doit se reformer pour pouvoir réparer les moteurs électriques».
De nouveaux enseignants, de nouvelles compétences
Pour réussir la transition écologique, les nouvelles compétences doivent être acquises par les professeurs. Les statistiques de l’UNESCO démontrent que 95% des professeurs dans le monde pensent qu’il est essentiel d’enseigner le changement climatique. Les chiffres de la Commission européenne, quant à eux, soulignent que neuf Européens sur dix estiment que l’éducation est indispensable à la transition écologique. Selon l’UNESCO cependant, seulement 47% des programmes scolaires dans le monde mentionnent le changement climatique et les enseignants s’estimant capables de faire face aux problématiques liées au changement climatique ne sont que 40%.
«Nous devons les former», déclare Denigot. Et d’ajouter:
«Il est nécessaire que les professeurs et les formateurs aient la possibilité d’acquérir ces compétences. Nous devons encourager la coopération internationale sur ce point car nous faisons tous face à la même réalité».
Pour info
Le prix de l’ETF 2022 encourageant les initiatives locales et innovatrices en matière de compétences vertes a été récemment décerné: Green Skills Award 2022
424 - voici le dernier article publié sur la transition écologique suite à l'entretien en direct (en français) du 31 mai; commentaires?
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