Résilience et renaissance de la coopérative Wendin Manegdé à Kaya
Le témoignage de Mme. SAWADOGO Kalizèta, Présidente de la coopérative Wendin Manegdé de Basneré, personne déplacée interne résidant à Kaya dans la Région du Centre-Nord du Burkina Faso, raconte le parcours de femmes déterminées, déplacées par la crise sécuritaire, mais restées debout, grâce à la solidarité et à l’appui du projet d’appui à la création de moyens d’existence durables par la Formation et à l’Insertion socio-professionnelle des Jeunes et des Femmes, y compris des PDI, dans la région du Centre-Nord (PROFI).
1. Contexte et situation
Je m'appelle SAWADOGO Kalizèta, Présidente de la coopérative Wendin Manegdé de Basneré, personne déplacée interne résidant à Kaya dans la Région du Centre-Nord du Burkina Faso. Ce témoignage raconte notre parcours de femmes déterminées, déplacées par la crise sécuritaire, mais restées debout, grâce à la solidarité et à l’appui du projet PROFI (Projet d’appui à la création de moyens d’existence durables par la Formation et à l’Insertion socio-professionnelle des Jeunes et des Femmes, y compris des Personnes Déplacées à l’interieur de leur propre pays (PDI), dans la région du Centre-Nord).
Tout commence en février 2020, dans le village de Basneré, à une quarantaine de kilomètres de Kaya. Nous étions alors 27 femmes, pleines d’espoir, de volonté et surtout animées par un rêve commun : travailler ensemble pour améliorer nos conditions de vie à travers des activités génératrices de revenus. C’est ainsi que la coopérative Wendin Manegdé est née, un nom qui signifie en mooré : "Dieu est notre espoir". Au départ, nous menions de petites activités artisanales et agricoles. Nous cultivions, transmettions nos savoir-faire traditionnels et commencions à envisager de transformer localement nos produits agricoles pour mieux les valoriser. Notre coopérative était jeune mais dynamique, et surtout porteuse d'une solidarité forte entre femmes.
Face à la situation sécuritaire nous avons perdu espoir. En effet, en mars 2021, les violences se sont intensifiées dans notre localité. Face aux menaces, nous avons été contraintes de quitter notre village dans la précipitation, abandonnant derrière nous nos maisons, nos champs, nos outils de travail... tout ce que nous avions pris des années à construire. Une fois à Kaya, nous nous sommes retrouvées dans une ville que beaucoup d’entre nous connaissaient peu. Le quotidien est devenu difficile. La coopérative s’est progressivement dissoute. Chaque membre devait faire face à ses propres difficultés : trouver un abri, subvenir aux besoins des enfants, chercher à manger. L’entraide qui faisait notre force à Basneré s’est fragilisée. Les activités communes ont été suspendues, les liens entre membres se sont affaiblis par les dures réalités du déplacement.
2. Description du project
Malgré toutes ces épreuves, l’espoir de reconstruire ne m’a jamais quittée. Car j’étais convaincue que lorsque des femmes se relèvent ensemble, elles peuvent accomplir l’impossible. Ainsi, de façon progressive, nous avons travaillé à renouer les liens entre les membres. Nous avons repris contact entre nous, partagé nos expériences de déplacement, nos difficultés, mais aussi nos envies de repartir. En avril 2023, nous avons décidé de formaliser la coopérative à Kaya avec un objectif double : redonner une existence juridique à notre structure et nous positionner pour être éligibles aux opportunités d’appui existantes.
C’est dans ce contexte qu’en septembre 2024, nous avons appris qu’un nouveau projet venait d’être lancé : le projet d’appui à la création de moyens d’existence durables par la Formation et à l’Insertion socio-professionnelle des Jeunes et des Femmes, y compris des PDI, dans la région du Centre-Nord. Ce projet proposait un accompagnement spécifique aux femmes déplacées internes. C’est ainsi, que notre coopérative fut retenue pour bénéficier des appuis de ce projet. Ce moment a été un véritable souffle d’espoir pour nous toutes. Dans le cadre du projet, nous avons bénéficié d’une formation en transformation des légumineuses (arachide et niébé). Cette formation a été un tournant majeur dans notre parcours. Nous y avons appris des techniques modernes de transformation : fabrication de pâte d’arachide, de koura-koura (tourteaux d’arachide très apprécié) et d’huile d’arachide. Au-delà du volet technique, nous avons aussi développé des compétences en hygiène alimentaire et en conditionnement. Nous avons ainsi pris conscience que ces produits, que nous considérions jadis comme ordinaires, regorgeaient en fait un potentiel économique immense.
3. Résultats et impact, défis et barrières
À la fin de la formation, nous avons reçu un kit d’équipements d’amorçage : des décortiqueurs, du matériel de cuisson, des bassines, des outils de conditionnement. Cet appui a été crucial pour redémarrer nos activités. Mais il nous manquait encore les matières premières et des fonds de roulement pour engager la production. Le projet PROFI nous a alors aidées à mettre en place une AVEC (Association Villageoise d’Épargne et de Crédit). Chaque membre cotise une somme chaque semaine, et un fonds commun est utilisé pour accorder des micro-prêts solidaires. C’est grâce à cet outil que nous avons pu accéder à un premier prêt de 30 000 FCFA, avec lequel nous avons acheté les arachides nécessaires pour lancer notre première production test. Entre mai et juin 2025, nous avons transformé plus de 100 kilogrammes de matières premières. Le résultat a été très encourageant : un bénéfice net de 80 000 FCFA, réinvesti en partie dans l’achat de nouvelles matières premières et la bonification de notre fonds AVEC.
5. Leçons apprises
Quelques leçons apprises de cette expérience :
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Malgré la situation difficile, les populations restent engagées et résilientes. Elles profitent de la moindre opportunité pour reprendre leurs activités, le fait de bénéficier de formation adaptée leur facilite la reprise.
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Si la formation professionnelle reste un levier efficace de renforcement de la résilience des populations affectées en temps de crise, il est à noter que l'insertion professionnelle comme résultat, est un processus qui nécessite beaucoup de ressources, en temps, de finances et d'expertises.
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Dans un contexte de relèvement économique, on doit fonder (orienter) la formation professionnelle sur les opportunités existantes et les savoir-faire locaux et mettre l’accent sur la restauration des moyens d’existence (renforcer les populations (personnes déplacées) sur les activités qu’elles faisaient avant le déplacement au cas où ces activités sont adaptées dans la zone d’accueil). Mais lorsqu’il faut former pour créer des opportunités, le relèvement économique pourrait être difficile surtout que le tissu économique se fragilise en temps de crise.
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La formation professionnelle de courte durée (FMQ) favorise l’insertion professionnelle rapide des partenaires. Cependant, elle doit être renforcée à moyen et long terme pour garantir une compétitivité des entreprises installées.
6. Recommandations
Aujourd’hui, la coopérative Wendin Manegdé est de nouveau sur pied. Nous sommes bien structurées administrativement, actives sur le plan commercial et progressivement autonome sur le plan financier. Nous fournissons des boutiques locales et nous revendons également nos produits au marché de Kaya. Nous avons appris à diversifier nos produits, à mieux calculer nos marges, à organiser nos tâches. Mais surtout, nous avons retrouvé notre dignité, notre fierté, et la force du collectif.
Nous adressons nos sincères remerciements à Self Help Africa, à l’Association Zood Nooma pour le Développement, ainsi qu’à l’ensemble des partenaires techniques et financiers du projet PROFI. Grâce à leur appui déterminant, notre ambition d’autonomisation économique est devenue une réalité. Le chemin n’a pas été facile, mais aujourd’hui nous sommes fières du parcours accompli. Et nous savons que l’avenir, bien que semé d’obstacles, peut être bâti sur nos propres forces.
En perspectives et dans l’optique de pérenniser les acquis, il est important de renforcer les entreprises sociales et solidaires avec des équipements et du perfectionnement technique et professionnel pour les transformer en pôles d'expertise au niveau local. Cela va accroître leurs capacités d'accueil et de prestations (production et commercialisation) et les rendra pérennes.
Lien
OpenEnabel Renforcement de la résilience socio-économique dans la région du Centre-Nord (axe OKD)
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