Appui à l’éducation de base
dans le contexte de pauvreté multidimensionnelle
de la province du Sud-Ubangi en République Démocratique du Congo
La province du Sud-Ubangi est confrontée à une pauvreté multi-dimensionnelle aiguë marquée par des carences dans l’éducation, la santé, l’eau et l’hygiène. Face à ce contexte, le projet allie la construction et la réhabilitation d’infrastructures scolaires, la formation des enseignants, la promotion de l’inclusion et la coordination de l’offre éducative dans la province. Les actions menées visent à améliorer, à retenir et permettre aux enfants d’achever leur cursus de base de huit ans dans des conditions optimales tout en veillant à l’inclusion, à la rétention et à la transition des filles et enfants vulnérables.
1. Contexte et situation
La province du Sud-Ubangi subit une crise structurelle de pauvreté multidimensionnelle, exacerbée par les effets dévastateurs des guerres passées, le manque d’infrastructures (pour une nouvelle province issue du découpage administratif) et la faiblesse des services sociaux de base. Près de 80% des enfants sont privés de plusieurs secteurs essentiels tels que la santé, l’eau et l’éducation. Selon l’Annuaire statistique, le taux d’alphabétisation de la population de plus de 15 ans est estimé à 48% dont 31% pour les femmes. On dénombre plus de 2,000 écoles primaires dont seulement 10% des salles de classe sont en dur. Dans la province, 1 enfant sur 4 est non-scolarisé1. De plus, le taux d’achèvement au primaire n’est que de 49 %, et chute à 34 % pour le premier cycle du secondaire1.
Le système éducatif est impacté par les conséquences de la gratuité de l’éducation primaire, le manque d’écoles équipées, la pénurie d’enseignants qualifiés et des manuels scolaires ainsi que l’exclusion des filles. Ces facteurs, non-exhaustifs, limitent l’accès à l’éducation et compromettent l’avenir des jeunes, l’avenir du pays.
Enabel a choisi d’intervenir dans ce contexte pour soutenir les priorités nationales de développement du secteur de l’éducation de base et renforcer la formation de base d’une jeunesse porteuse d’avenir de la province.
2. Description du projet
L’objectif du projet Education de base est « d’améliorer l’accès, la rétention et l’achèvement d’une éducation de base de qualité de huit ans pour tous dans la province de Sud-Ubangi ». Le projet Éducation de base s’appuie sur une approche holistique autour de trois axes stratégiques complémentaires : l’accès, la qualité et la gouvernance. Ces axes se déclinent en cinq résultats principaux. De plus, le projet s’aligne sur la stratégie sectorielle de l’éducation de la République Démocratique du Congo (SSEF 2016-2025).
Les activités sont mises en œuvre non seulement dans les écoles publiques conventionnées et non conventionnées (éducation formelle, relevant du Ministère de l’Éducation nationale et de la nouvelle citoyenneté - MINEDU-NC), mais aussi dans les centres de rattrapage scolaire (éducation non-formelle, relevant du Ministère des Affaires sociales). Le projet a une double approche : l’une est l’approche scolaire globale pour les établissements pilotes (formations, réhabilitations et constructions, distributions des kits scolaires et hygiéniques) et l’autre, plus soft, cible les établissements situés dans les Réseaux d’écoles de proximité (REP)2 dont font partie les établissements pilotes, se renforçant ainsi mutuellement.
Les bénéficiaires sont les élèves et apprenant(e)s de 6 à 14 ans, enseignant(e)s, éducateurs(trices) et directeurs(trices) d’établissements, inspecteurs et conseillers pédagogiques, comités de parents, parents et communautés et les agents gouvernementaux au niveau de la province.
3. Résultats et impact
Grâce aux actions du projet, plus de 35 000 élèves bénéficient désormais d’infrastructures scolaires améliorées et d’un environnement d’apprentissage plus sûr et qualitatif. Une hausse des taux de scolarisation, notamment chez les filles, ainsi qu’une réduction de l’absentéisme lié au manque d’eau et d’hygiène sont déjà constatées.
Le projet a renforcé le système éducatif dans les sous-divisions de Gemena 1 et 2 par plusieurs interventions : plus de 33 000 élèves inscrits, dont 18 000 filles, grâce à des campagnes de sensibilisation ; la formation continue de plus de 580 acteurs éducatifs via les Réseaux d’Écoles de Proximité (REP) ; la production locale de matériels didactiques favorisant l’innovation en classe ; et des actions ciblées pour soutenir la scolarisation et le maintien des filles, notamment par la distribution de kits scolaires et d’hygiène menstruelle.
Le soutien à sept bureaux de l’éducation et 26 écoles a renforcé la gouvernance, la planification et le suivi, posant les bases d’une gestion éducative durable. Par ailleurs, près de 15 000 personnes, dont 826 femmes et 6 710 filles, ont été sensibilisées et formées sur des thématiques telles que l’hygiène menstruelle, l’éducation inclusive et la masculinité positive en milieu scolaire.
Enfin, les communautés locales manifestent un regain de confiance envers l’école publique, avec une amélioration de la rétention scolaire et une participation accrue à la gestion des écoles. Une dynamique communautaire se développe, avec une implication croissante des parents et acteurs éducatifs dans la gouvernance scolaire, renforçant ainsi l’appropriation des actions éducatives.
4. Défis and barrières
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La communication et la coordination entre les niveaux central et provincial restent insuffisantes, ce qui crée un décalage entre les priorités nationales et les réalités locales.
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La faible présence des agents du niveau central sur le terrain et la remontée limitée des données statistiques compliquent l’ajustement des interventions.
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Le dysfonctionnement ou l’absence des structures de gestion scolaire freine la participation communautaire et la gestion locale efficace des établissements.
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La gratuité de l’éducation, perçue parfois comme une responsabilité exclusive de l’État, a renforcé le désengagement de certaines communautés.
- Les défis liés à l’inclusion, notamment pour les filles et les enfants en situation de handicap, demeurent importants.
5. Leçons apprises
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Le projet Éducation de base illustre l’importance d’un ancrage local fort et d’une planification concertée pour répondre efficacement aux besoins des enfants, parents et acteurs pédagogiques, malgré les défis persistants liés aux infrastructures et à la gouvernance.
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La durabilité des acquis dépendra de plusieurs facteurs clés : l’engagement politique à tous les niveaux, la mobilisation des ressources locales et la mobilisation et participation communautaires.
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L’implication des communautés et l’alignement avec les priorités nationales et provinciales ont favorisé une adhésion locale positive, mais la durabilité reste fragile.
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Les opportunités futures résident dans le développement de la connectivité numérique, l’intégration des services sociaux (éducation, santé, nutrition) et le plaidoyer pour une gestion éducative plus décentralisée et inclusive.
6. Recommandations
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Il est recommandé de renforcer le leadership partagé et la communication entre les niveaux central et provincial, avec une circulation d’informations descendante et ascendante, notamment de données statistiques fiables.
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Il faut mieux ajuster les priorités aux capacités locales grâce à un dialogue permanent entre les niveaux central et provincial, afin d’orienter la prise de décision pour refléter les réalités du terrain.
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Il est essentiel de clarifier les implications de la gratuité scolaire pour éviter tout désengagement et restaurer une culture de participation citoyenne constructive.
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La mobilisation et la participation communautaires doivent être renforcées par une collaboration accrue avec les autorités éducatives, les chefs d’établissement, les inspecteurs, les enseignants, les éducateurs, ainsi que les élèves et la communauté parascolaire.
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Le soutien à long terme des donateurs et des décideurs, aligné sur les priorités locales, est crucial pour garantir la durabilité des acquis.
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