Dispositif de parrainage d’apprenants de Centres d’Enseignement des Métiers au Burundi pour favoriser leur insertion professionnelle
Cette étude de cas présente une initiative de parrainage d’apprenants dans les Centres d’Enseignement des Métiers (CEM) au Burundi, mise en œuvre par la CHASAA (Chambre Sectorielle des Artistes et Artisans). Face à un contexte de crise économique et de sous-financement de la formation professionnelle, le dispositif vise à faciliter l’insertion des jeunes en créant des liens dès le début de l’année scolaire entre artisans locaux et apprenants. Ce parrainage favorise la motivation, l’acquisition de compétences pratiques et l’accès à des opportunités professionnelles. Testé dans quatre centres, il a montré des résultats prometteurs et pourrait être étendu à plus grande échelle au Burundi ou ailleurs.
1. Contexte et situation
Le Burundi a connu de nombreuses crises sécuritaires, des conflits internes et politiques depuis son indépendance. Les dernières années les fondamentaux économiques se sont dégradés avec comme symptômes les plus marquants l’absence de devises, l’inflation galopante et les pénuries permanentes de carburant. Avec une très forte natalité et densité de population, le chômage des jeunes est une préoccupation majeure.
Le secteur de l’Education est sous-financé, ce qui se marque pour la formation professionnelle par la quasi-absence de financement de frais de fonctionnement des établissements, même si les salaires des formateurs sont payés. Les centres de formation manquent dès lors des équipements et consommables s’il n’y a pas de projet de coopération internationale. A l’intérieur du pays, les entreprises formelles sont extrêmement rares, ce qui limite les possibilités de partenariats publics-privés, les lieux de stage professionnels et les perspectives d’emploi salarié. Dans le milieu rural, l’emploi informel et l’artisanat prédominent.
2. Description du project
Enabel, au travers son projet d’Appui Complémentaire à la Formation Professionnelle et Technique « ACFPT » a appuyé de 2020 à 2024 18 Centres d’Enseignement des Métiers (CEM) dans une approche globale visant à améliorer le pilotage (gestion et gouvernance), la qualité des formations, l’insertion des lauréats, les infrastructures et équipements, et l’attractivité de ces centres. Les CEM accueillent des jeunes majoritairement de 15 à 18 ans, qui selon les prescrits du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche Scientifique du Burundi ont été au terme de l’enseignement fondamental, sans être admis à l’enseignement post-fondamental.
Parmi les activités concourant à l’insertion des lauréats, un partenariat a été noué avec la Chambre sectorielle art et artisanat (CHASAA) afin de structurer les artisans et autres opérateurs économiques se trouvant dans l’environnement des centres, pour développer les interactions entre le centre et son milieu économique, et multiplier les possibilités de stages professionnels et autres mécanismes d’insertion (tels que la dotation d’équipements en contrat de leasing pour certains lauréats).
Parmi les mécanismes d’insertion mis en place, le parrainage d’apprenants de CEM dès le début de l’année scolaire était une idée propre de la CHASAA reposant sur un ancrage culturel favorable et qui a prouvé de bons résultats. Concrètement le dispositif de parrainage est le suivant :
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Identification des opérateurs économiques qui vont participer aux séances de parrainage par les comités locaux ;
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Sensibilisation des opérateurs économiques sur le dispositif de parrainage ;
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Speed dating : mise en relation entre les apprenants et les artisans sous la facilitation de l’équipe technique ;
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Présentation des couples parrains-apprenants lors d’un événement avec la communauté ;
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Suivi de la collaboration en cours d’année.
Au lieu d’uniquement chercher la collaboration des artisans dans les moments consacrés au stage, le lien personnel établi entre un apprenant et un artisan dès le début de l’année rend fluide le mécanisme du stage et bien souvent l’insertion professionnelle après la formation.
Au cours de l’année, étant donné que les cours ont lieu uniquement jusqu’à 13h, l’apprenant peut pratiquer chez l’artisan dans l’après-midi ; il se fait conseiller et accompagner techniquement par l’artisan pendant et après la formation. Le parrain joue un rôle de guide professionnel en s’appuyant sur la motivation du lauréat et l'aide à la conserver, face aux difficultés qu’il peut rencontrer dans son parcours ; il l’aide à prendre confiance en lui et dans son projet, à garder un niveau d'ambition en accord avec son potentiel.
L’artisan de son côté est considéré comme un partenaire du centre pouvant avoir accès aux équipements ou bénéficier de formations techniques.
3. Résultats et impact
L’activité spécifique du parrainage a été testée sur un périmètre réduit (4 centres dans 2 régions) et a concerné 74 apprenants parrainés et accompagnés au total.
Il n’y a pas eu d’enquête ex-post rigoureuse sur leur situation d’emploi et niveaux de revenus, mais le retour d’expérience a été très positif en tant que dispositif améliorant la motivation, la qualité de la formation et l’insertion professionnelle.
4. Défis and barrières
Le parrain ne remplace en aucun cas l’action de l’apprenant/lauréat, puisque celui-ci reste le premier acteur de son parcours. Le parrain peut en revanche encourager le lauréat dans ses démarches en l’aidant à prendre des contacts, à identifier ses lacunes et à identifier des actions afin d’y remédier.
Les limites du dispositif de parrainage sont les suivantes :
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Le parrain n’est pas obligé d’intervenir en cas des problèmes sociaux de l’apprenant/lauréat ;
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Il ne doit pas se sentir obligé « d’offrir » un emploi à son apprenant/lauréat ou de rechercher l’emploi à sa place.
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Il ne se substitue jamais au centre de formation.
Au final, le succès du parrainage repose sur la qualité de la relation établie entre le parrain et l’apprenant/lauréat.
Contrairement à d’autres mécanismes, il n’y a pas eu de « revendications » de la part des parrains quant à un retour à avoir sur l’appui donné à l’apprenant, ce qui prouve le bon ancrage culturel du mécanisme. L’aspect de reconnaissance communautaire du rôle doit rester valorisé.
5. Leçons apprises
Ce dispositif de parrainage d’apprenants est intéressant car il a été proposé par un acteur local en utilisant un aspect culturel de solidarité locale. En créant une relation privilégiée en amont grâce à une sensibilisation et un événement structurant dans la communauté (regroupant les artisans, les responsables de l’administration et des centres de formation, les nouveaux apprenants et leurs parents), il rend naturel et facilite d’autres mécanismes et résultats qui seraient plus difficiles à atteindre autrement (beaucoup de pratique du métier, pouvoir chercher des conseils techniques, trouver le stage et avoir un mentor ou futur employeur). L’adéquation formation-emploi devient donc une réalité pour le jeune tout le long de son année de formation.
Enabel envisage donc de continuer à collaborer avec la CHASAA dans plusieurs dont notamment l’activité de parrainage étendue à une plus large échelle (sur 11 centres de formation et 2 années scolaires).
La mise en œuvre de cette approche, adaptée selon chaque situation - soit par appui direct en régie, soit par convention de subside - a favorisé l’efficacité (achats groupés, formations collectives pour les formateurs, etc.) et, lorsque cela était possible, l’appropriation par les centres via les conventions de subsides. Cette appropriation demeure variable selon l’engagement des acteurs, mais une planification participative préalable aux subsides a permis d’orienter le développement des centres. L’accompagnement rapproché par des accompagnateurs techniques régionaux s’est avéré nécessaire, bien que la substitution reste un risque. Néanmoins, lorsque le leadership interne s’est affirmé, le recours au subside a constitué une réelle opportunité de développement endogène.
Enfin, la fragilité du contexte se manifeste notamment par la politisation de la fonction publique jusqu’au niveau du personnel des centres de formation. Les modifications imprévues dans la composition du personnel et de la direction des centres de formation partenaires représentent un facteur pouvant influencer l’atteinte des résultats, ce qui requiert un dialogue sensible et diplomatique au sein du partenariat.
6. Recommandations
Dans une perspective plus large, plusieurs facteurs, principes généraux et conditions essentielles sont à considérer concernant l’approche, la méthodologie et la stratégie adoptées par Enabel en matière de l‘appui aux centres de formation. Le succès réside dans une démarche globale s’appuyant sur la gouvernance et la gestion des établissements, l’amélioration de la qualité des formations techniques et pédagogiques, l’accessibilité (infrastructures, équipements), l’insertion professionnelle et le développement de l’attractivité ainsi que de la communication.
Compte tenu du contexte de fragilité, il est impératif de ne négliger aucun de ces aspects en partant du principe qu’ils seront assurés par les autorités nationales. Seule une approche intégrée permet d’obtenir des résultats quantitatifs et, dans une certaine mesure, qualitatifs. Se focaliser uniquement sur les équipements ou les infrastructures peut compromettre l’investissement, conduisant à des ressources inutilisées ou à des bâtiments sous-exploités faute d’apprenants. Ce contexte exige donc une assistance technique et un accompagnement soutenu sur une période suffisante. Une formation ponctuelle lors de la livraison des équipements par exemple ne saurait être adéquate.
Liens
OpenEnabel Appui Complémentaire à la Formation Professionnelle et Technique (ACFPT)
OpenEnabel Formation et insertion professionnelle dans une économie plus verte et circulaire
OpenEnabel Appui à la formation et à l'émployabilité des jeunes au Burundi
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